Le terrain plutôt que les urnes


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Le terrain plutôt que les urnes

Nous ne pensons pas que le principal se décide dans le champ électoral. Nous avons le souvenir du Parti Socialiste et de sa majorité absolue en 1981 à l'Assemblée Nationale. Nous nous souvenons que cela n'a pas suffit à "changer la vie" et qu'au contraire, il mène depuis de nombreuses années une politique de droite. Le changement réel pour une alternative et non une simple alternance se construit grâce à un rapport de force dans la société, et par la construction d'espaces locaux d'autonomie et de création.

Cela nécessite tout d’abord le développement de mouvements sociaux. Leur force est elle- même déterminée par leur capacité à s’auto-organiser ; les luttes peuvent en effet préfigurer une alternative de société en valorisant des pratiques fondées sur d’autres critères que sur la loi du profit et la parole des "experts" ; elles peuvent permettre aussi de transformer les revendications en droits nouveaux.

Dans le champ politique, en tant que mouvement de jeunes, débarrassés de la course au pouvoir, consacrons-nous à cette "révolution lente" qui nous semble plus utile : être une dynamique contestatrice, faire éclater les problèmes, chercher des réponses neuves, faire naître, à la base, sur le terrain, partout, des débats, des contre-pouvoir, des solidarités et une démocratie locale non seulement capables d'interpeller, de déranger et de faire plier les pouvoirs mais aussi de faire vivre dès maintenant la société dont nous rêvons.

Empêcher une expulsion, faire tomber une loi, en proposer une autre, faire naître une école alternative, un comité de quartier, des potagers collectifs, des cours d’entraide scolaire, des repas de quartier, ouvrir un squat, créer une coop bio ou un SEL, monter un journal ou un groupe de rock dans son village, c'est tisser les premières mailles de l’utopie écologiste et alternative, l’amorce de ce que les Fabulous Trobadors appellent "la Grande révolution des quartiers du monde". Cette présence sur le terrain est aussi une manière d’être nous-mêmes les médias de notre action. Donnons des exemples plutôt que des leçons.

Vivre autrement la politique

Le changement réel pour une alternative et non une simple alternance se construit également en faisant de la politique autrement. Pour les héritiers de la pensée écologiste et de la gauche alternative, il n'y a pas de différence entre les moyens et la fin. Les écologistes disent même que "la fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine". Cette "logique de l'outil" expliquée par Ivan Illich ou André Gorz est l'un des principes qui, avec le refus du productivisme, a fait la différence avec la gauche classique. D'où la critique des technologies comme le nucléaire, au-delà des aspects environnementaux. D'où notre choix de la non-violence, y compris dans notre action pour changer la société.

En politique, cela se traduit par l'idée de la "politique autrement". La conversion du Parti Socialiste au début des années 80 et la normalisation en cours des Verts montre la force de la machine sur les intentions. En ayant la même pratique de la politique et du pouvoir, comment les écologistes pourraient-ils faire autre chose ? C'est pourquoi, plus que jamais, les écologistes et les alternatifs, doivent refuser la professionnalisation et les mamours avec la sociale-démocratie républicaine, préconiser et appliquer en leur sein la parité homme-femme, la démocratie directe par des référendums d'initiatives citoyens, des comités de quartier, se battre pour réduire le poids des lobbies, etc.

En pratique cela nécessite d’articuler à la fois lutte quotidienne et luttes de long terme, de promouvoir les formes de vie alternatives préfigurant la société que nous voulons.

Cette exigence doit être la nôtre. Comme membres d'une génération qui est sans doute celle qui a pris le plus de distance avec la pratique classique du militantisme politique, nous devons concilier des exigences aussi justes que contradictoires : que chacun puisse s'investir suivant le temps dont il dispose ou qu'il décide de mettre à disposition, que chacun puisse faire de la politique tout en se faisant plaisir, que chacun puisse décider la direction de l'action collective sans forcément passer ses nuits en réunion. Bref, pour paraphraser un slogan aimé : "de chacun selon ses envies, à chacun selon ses désirs".

Le politiquement j't'emmerde, pour l'humour en politique

Dans le film de Gébé, "L'an 01", qui montre une révolution baba-cool basée sur le slogan "on s'arrête, on réfléchit et c'est pas triste", un personnage explique qu'il a suffi d'un peu de dérision pour que tout s'effondre. La littérature et le cinéma sont pleins de ces utopies où la sincérité, l'amour, l'humour l'emportent sur tout. La réalité n'est pas si loin. Qu'est-ce qui a le plus changé le monde ? Le passage au pouvoir des divers partis sociaux-démocrates en Europe, du parti démocrate aux USA ou Mai 68, le mouvement hippie, les happenings à moitié (ou entièrement) nus, le mouvement provo en Hollande ? Le mouvement de 68 lui-même a éclaté à l'occasion de la lutte des résidents de Nanterre pour que les filles aient le droit de visiter nuitamment les résidences universitaires des garçons (et inversement) ! Gandhi et sa résistance active et non-violente, mentale et morale, basée sur l'amour, n'ont-ils pas libéré l'un des plus grands pays du monde ?

Les naïfs, les comiques, les cinglés font plus bouger les choses que ceux qui jouent le jeu du système. Les écologistes, les alternatifs, pour cela, auraient bien tort de troquer leurs utopies et fantaisies pour une culture experte ou gestionnaire. Toute notre communication doit être animée par l’ambition de promouvoir les valeurs fondatrices, dans le respect de toutes les formes de communication, qu’elles soient humoristiques, provocatrices, contestataires, sensibilisatrices, participatives, etc., qu’elles soient radicales ou modérées dans l’expression.

Les congés payés, les 40 heures, l'abolition de l'esclavage, de la peine de mort, le suffrage universel, dont le droit de vote des femmes. Etaient des utopies. Les utopies d'aujourd'hui sont le raisonnable de demain.

On y va !

Causer, c'est bien, mais il faudrait se mettre au boulot. Nous dressons donc une liste des chantiers que nous décidons de mettre en oeuvre en priorité : la lutte contre l'extrême-droite, l'égalité urbaine et celle entre les gens des villes et des campagnes, un développement respectueux de la planète et de ses habitants, la lutte contre le consumérisme, une Europe sociale et écologique, l'égalité femmes-hommes, les 35 heures par mois pour le droit à l'emploi et à la paresse, le droit de vote aux immigrés, la légalisation du cannabis, le droit à un revenu et à un logement décents pour tous, l'accès à la formation et à la culture, le droit à disposer de son corps, la reconnaissance des cultures minoritaires, le droit à l’autodétermination des peuples, la dissolution de l’armée française en prélude à celles du monde entier... et le reste, et même plus.

Pour ne jamais conclure...

Comme mouvement de jeunes, nous sommes au carrefour des influences. Nous nous adressons à notre génération et nous nous faisons l'écho de ses sensibilités dans la société.

Tous les jours, dans un mois, dans 20 ans, nous changeons le monde, en vivant haut et fort nos désirs, nos révoltes, avec humour, dérision, subversion, provocation. Nous sommes persuadés de vivre la politique à un endroit privilégié, car utile et agréable. Avec nous, à côté ou ailleurs, nous invitons chacun-e à faire de même : créer le lieu qui lui semble le plus à même de changer le monde, de vivre ses désirs.

Planétaires de tous les pays, unissez-vous !

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