La découverte suprême - La Mère

La découverte suprême - La Mère

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Présentation

La Mère

Mirra Alfassa (Blanche Rachel Mirra Alfassa), née le 21 février 1878 à Paris 9e et morte le 17 novembre 1973 à Pondichéry (Inde), aussi surnommée Douce Mère ou la Mère, a pour identité Mirra Richard. Elle est connue pour son parcours spirituel avec Sri Aurobindo et ses écrits et pour être à l'origine de la cité d'Auroville en Inde.

Texte écrit en France par La Mère le 28 avril 1912, elle avait alors 38 ans. Puis publié la première fois en 1937. Réédité par la suite plusieurs fois par l'ashram de Sri Aurobindo.

La découverte suprême

La découverte suprême - La Mère

Si nous voulons progresser intégralement, il nous faut ériger en notre être conscient une synthèse mentale forte et pure qui puisse nous servir de protection contre les tentations du dehors, de point de repère pour nous éviter tout détour, de phare pour éclairer notre route sur l'océan mouvant de la vie.

Chacun doit construire cette synthèse mentale suivant ses propres tendances, ses propres affinités, ses propres aspirations. Mais si nous la voulons vraiment vivante et lumineuse, il faudra qu'elle ait à son centre l'idée qui est la représentation intellectuelle symbolique de Ce qui est au centre de notre être, de Ce qui est notre vie et notre lumière.

Cette idée exprimée en paroles sublimes a été enseignée sous des formes diverses par tous les grands Instructeurs à travers tous les pays et tous les temps.

Le Moi de chacun et le Grand Moi universel ne sont qu'un. Tout ce qui est étant de toute éternité dans son essence et son principe, pourquoi distinguer entre l'être et son origine, entre nous-même et ce que nous plaçons au commencement.

C'est avec raison que d'anciennes traditions disaient :

“ Nous et notre origine, nous et notre Dieu sommes un ”.

Et cette unité doit s'entendre non point comme un simple rapport d'union plus ou moins étroite et intime, mais comme une identité véritable.

Ainsi quand il essaie de remonter, de proche en proche jusqu'à l'inaccessible, l'homme qui cherche le divin oublie que toute sa connaissance et toute son intuition ne sauraient lui faire faire un pas dans cet infini, et il ne sait pas que ce qu'il croit si loin de lui est en lui.

Et comment pourrait-il savoir quelque chose de l'origine tant qu'il ne prend pas conscience de cette origine en lui- même ?

C'est en se comprenant lui-même, en apprenant à se connaître qu'il peut faire la découverte suprême et, émerveillé, s'écrier comme le patriarche dont parle la Bible : “ C'est ici la maison de Dieu et moi je ne le savais pas. ”

C'est pourquoi il faut exprimer la pensée sublime créatrice des mondes matériels, faire entendre à tous la parole qui remplit les cieux et la terre : “ Je suis en toute chose et en chaque être ”.

Quand tous sauront cela, le jour promis des grandes transfigurations sera proche. Quand dans chaque atome de la matière les hommes reconnaîtront la pensée de Dieu qui l'habite, lorsqu'en chaque créature vivante ils apercevront l'ébauche d'un geste de Dieu, lorsqu'en chaque homme son frère saura voir Dieu, alors l'aube naîtra, chassant les ténèbres, les mensonges, les ignorances, les fautes et les douleurs qui accablent la nature entière. Car “ la nature entière souffre et gémit attendant que les Fils de Dieu se révèlent ”.

C'est bien la pensée centrale, celle qui résume toutes les autres, celle qui devrait être toujours présente dans notre souvenir comme le soleil qui illumine toute la vie.

C'est pourquoi je vous la rappelle aujourd'hui.

Car si nous poursuivons notre route en emportant dans notre cœur cette pensée comme le joyau le plus rare, le trésor le plus précieux, si nous lui laissons faire son œuvre d'illumination, de transfiguration en nous, nous saurons qu'elle est vivante au centre de tout être et de toute chose, et en elle nous sentirons cette merveilleuse unité de l'univers.

Alors nous comprendrons combien vaines et enfantines sont nos pauvres satisfactions, nos sortes disputes, nos mesquines passions, nos indignations aveugles. Nous verrons se dissoudre nos petits travers, tomber les derniers retranchements de notre personnalité bornée, de notre égoïsme inintelligent. Nous nous sentirons emportés dans ce sublime courant de spiritualité vraie qui nous fera sortir de nos cadres limités, de nos étroites frontières :

Le Moi individuel et le Moi universel ne sont qu'un ; en chaque monde, en chaque être, en chaque chose, en chaque atome est la Présence Divine, et l'homme a pour mission de la manifester.

Pour cela il lui faut prendre conscience de cette Présence Divine en lui. Certains, pour y parvenir, ont besoin d'un véritable apprentissage : leur être égoïste est trop absorbant, trop fixe, trop conservateur, et la lutte contre lui est longue et douloureuse. D'autres, au contraire, plus impersonnels, plus plastiques, plus spiritualisés, entrent facilement en contact avec la source inépuisablement divine de leur être.

Mais ceux-là aussi, ne l'oublions pas, doivent quotidiennement, constamment, se livrer à un méthodique travail d'adaptation, de transformation, afin que rien en eux ne vienne plus obscurcir le rayonnement de cette pure lumière.

Mais comme le point de vue change dès que l'on atteint cette conscience profonde ! Comme la compréhension s'élargit, comme la bienveillance s'accroît !

À ce sujet un sage a dit :

“ Je voudrais que chacun de nous en vint au point d'apercevoir le Dieu intérieur qui réside même dans le plus vil des êtres humains ; au lieu de le condamner, nous dirions : “ Surgis, Être resplendissant, toi qui es toujours pur, qui ne connais ni la naissance ni la mort, surgis, Tout-Puissant et manifeste ta nature ”.

Conformons-nous a cette belle parole et nous verrons tout se transformer comme par miracle autour de nous.

Voilà l'attitude d'amour vrai, conscient, perspicace, de l'amour qui sait voir derrière les apparences, comprendre malgré les mots, et qui, à travers tous les obstacles, communie constamment avec les profondeurs.

Que pèsent nos impulsions et nos désirs, nos angoisses et nos violences, nos souffrances et nos luttes, toutes ces péripéties intimes dramatisées indûment par notre imagination déréglée, que pèsent-elles devant ce grand, ce sublime, ce divin amour penché sur nous du plus profond de notre être, indulgent à nos faiblesses, redressant nos erreurs, cicatrisant nos plaies, baignant notre être tout entier de ses effluves régénérateurs ?

Car la Divinité intérieure ne s'impose point, ne réclame point, ne menace point ; elle s'offre, elle se donne, elle se cache, elle s'oublie au sein des êtres et des choses ; elle ne blâme point, elle ne juge ni ne maudit ni ne condamne, mais elle est à l'œuvre sans cesse pour perfectionner sans contrainte, réparer sans reproches, pour encourager sans impatience, pour enrichir chacun de tous les trésors qu'il peut recevoir ; elle est la mère dont l'amour enfante et nourrit, garde et protège, conseille et console; elle comprend tout, c'est pourquoi elle supporte tout, elle excuse et pardonne tout, elle espère et prépare tout ; portant tout en elle, elle n'a rien qui ne soit à tous, et parce qu'elle règne sur tous elle est la servante de tous ; c'est pourquoi ceux qui, petits ou grands, veulent être rois avec elle et dieux en elle, se font, comme elle, non point despotes mais serviteurs parmi leurs frères.

Qu'il est beau cet humble rôle de serviteur, ce rôle de tous ceux qui furent des manifestateurs, des annonciateurs du Dieu qui est en tous, du Divin Amour animant toute chose...

Et en attendant de pouvoir suivre leur exemple et devenir comme eux de vrais serviteurs, laissons-nous pénétrer par ce Divin Amour, transformer par Lui, donnons-Lui, sans restriction, ce merveilleux instrument qu'est notre organisme matériel. Il lui fera produire son maximum dans tous les plans d'activité.

Pour arriver à cette totale consécration de nous-même, tous les moyens sont bons, toutes les méthodes ont de la valeur. La seule chose tout à fait indispensable est la persévérance dans la volonté d’atteindre ce but.

Car alors toutes les études que l'on fait, tous les actes que l'on accomplit, tous les êtres humains que l'on rencontre, viennent nous apporter une indication, une aide, une lumière pour nous guider sur le chemin.

Avant de terminer, pour ceux qui ont déjà fait beaucoup d'efforts infructueux en apparence, pour ceux qui ont fait connaissance avec les embûches sur la route et qui ont mesuré leur faiblesse, pour ceux qui risquent de perdre confiance et courage, j'ajouterai quelques pages. Destinées à réveiller l'espoir au cœur de ceux qui souffrent, elles ont été écrites par un travailleur spirituel au moment où toutes les preuves fondaient sur lui comme des flammes purificatrices.

Vous qui êtes las, abattus, meurtris, vous qui tombez, qui vous croyez vaincus peut-être, écoutez la voix d'un ami : il connaît vos tristesses, les a partagées, il a souffert, ainsi que vous, des maux de la terre ; il a comme vous traversé des déserts sous le faix du jour, il sait ce que sont la soif et la faim, la solitude et l'abandon, le dénûement du cœur plus cruel que les autres ; hélas ! il sait aussi ce que sont les heures de doute, il connaît les erreurs, les fautes, les défaillances, toutes les faiblesses.

Mais il vous dit : courage ! Écoutez la leçon que, chaque matin, apporte à la terre, dans ses premiers rayons, le soleil levant. C'est une leçon d'espérance, un message de consolation.

Vous qui pleurez, vous qui souffrez, vous qui tremblez, n'osant prévoir le terme de vos maux, l'issue de vos douleurs, regardez : il n'est pas de nuit sans aurore, et l'aube se prépare quand l'ombre s'épaissit ; il n'est pas de brouillard que le soleil n'efface, pas de nue qu'il ne dore, pas de pleur qu'il ne sèche un jour, pas d'orage après lequel ne rayonne son arc triomphal, il n'est pas de neige qu'il ne fonde, ni d'hiver qu'il ne change en printemps radieux.

Et pour vous non plus, il n'est pas d'affliction qui ne produise son poids de gloire, pas de détresse qui ne puisse être transformée en joie, de défaite en victoire, de chute en ascension plus haute, de solitude en foyer de vie, de désaccord en harmonie : parfois c'est le malentendu de deux esprits qui oblige deux cœurs à s'ouvrir pour communier ; il n'est pas, enfin, d'infinie faiblesse qui ne puisse se changer en force. Et même c'est, dans la faiblesse suprême qu'il plaît à la toute-puissance de se révéler !

La Mère

Écoute, mon petit enfant, qui te sens aujourd'hui si brisé, si déchu peut-être, qui n'as plus rien, plus rien pour couvrir ta misère et nourrir ton orgueil, jamais encore tu n'as été plus grand ! Comme il est près des cimes, celui qui s'éveille dans les profondeurs, car plus l'abîme s'approfondit, plus les hauteurs aussi se révèlent !

Ne sais-tu pas cela, que les forces les plus sublimes des extensions cherchent pour se vêtír les voiles les plus opaques de la matière ? Oh les noces splendides du souverain amour et des plus obscures plasticités, du désir de l'ombre avec la plus royale lumière !

Si l'épreuve ou la faute font jeté bas, si tu as sombré dans quelque bas-fonds de souffrance, ne t'afflige point, car c'est là que pourront t'atteindre la divine faiblesse et la suprême bénédiction ! Parce que tu es passés au creuset des douleurs purificatrice, à toi les ascensions glorieuses.

Tu es au désert : eh bien, écoute les voix du silence. Le bruit des paroles élogieuses et des applaudissements du dehors avait réjoui ton oreiller, mais les voix du silence réjouiront ton âme en éveillant en toi 1'écho des profondeurs, le chant des harmonies divines !

Tu marches en pleine nuit. Eh bien, recueille les trésors sans prix de la nuit. Au grand soleil s'illuminent les routes de l'intelligence, mais dans la nuit, aux clartés blanches, se trouvent les sentiers cachés de la perfection, le secret des richesses spirituelles.

Tu suis la voie, des dépouillements ; elle conduit vers la plénitude. Quand tu n'auras plus rien, tout te sera donné. Car pour ceux qui sont sincères et droits, c'est toujours du pire que sort le meilleur.

Chaque grain que l'on met en terre en produit mille. Chaque coup d'aile de la douleur peut être un essor vers la gloire.

Et quand l'adversaire s'acharne sur l'homme, tout ce qu'il fait pour l'anéantir le grandit.

Écoute l'histoire des mondes, regarde : le grand ennemi semble triompher. Il jette dans la nuit les êtres de lumière, et la nuit se remplit d'étoiles. Il s'acharne sur l'œuvre cosmique, il attente à l'intégrité de l'empire sphérique, rompt son harmonie, le divise et le subdivise, disperse sa poussière aux quatre vents de l'infini, et voici que cette poussière se change en semence dorée, fécondant l'infini et le peuplant de mondes qui, désormais, autour de leur centre éternel, graviteront dans l'orbite élargie de l'espace ; en sorte que la division même produit une unité plus riche et plus profonde, et, multipliant les surfaces de l'univers matériel, agrandit l'empire qu'elle devait ruiner.

Il était beau, certes, le chant de la sphère primordiale bercée au sein de l'immensité ; mais comme elle est plus belle encore et plus triomphale la symphonie des constellations, la musique des sphères, la chorale immense, remplissant les cieux d'un hymne éternel de victoire !

Écoute encore : nul état n'était plus précaire que celui de l'homme quand sur la terre il fut séparé de son origine divine. Au-dessus de lui s'étendait la frontière hostile de l'usurpateur, et aux portes de son horizon veillaient des geôliers armés d'épées flamboyantes. Alors, comme il ne pouvait plus monter à la source de vie, cette source jaillit en lui ; comme il ne pouvait plus recevoir d'en haut la lumière, cette lumière resplendit au centre même de son être ; comme il ne pouvait plus communier avec le transcendant amour, cet amour se fit holocauste et s'offrit, choisissant chaque être terrestre, chaque moi humain pour demeure et pour sanctuaire.

Voilà comment, dans cette matière méprisée mais féconde, désolée mais bénie, chaque atome renferme une pensée divine, chaque être porte en lui le Divin Habitant. Et si nul, dans tout l'univers, n'est aussi infirme que l'homme, nul non plus n'est aussi divin !

En vérité, en vérité, dans l'humiliation se trouve le berceau de la gloire !

La Mère
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